Le Tresor National Georgien

Alexandre Gamkrelidze

L'écriture géorgienne compte parmi les plus anciennes et originales du monde. Elle a suivi une voie de développement extrêmement longue et difficile. Les spécialistes ne sont pas encore tombés d'accord sur l'époque et les circonstances qui entourèrent l'apparition de l'alphabet géorgien. Les savants font remonter la formation de cet alphabet à différentes époques: depuis le Vll-e siècle avant notre ère et jusqu'au V-e siècle de notre ère. On peut toutefois affirmer qu'à partir du V-e siècle de notre ère, nous possédons des témoignages probants de l'existence de l'écriture géorgienne, qui se sont conservés malgré toutes les vicissitudes et l'action destructrice du temps.

Des spécimens de l'écriture géorgienne nous sont parvenus en tant que monuments épigraphiques, autrement dit en tant qu'inscriptions, exécutées sur différentes matières dures, principalement sur pierre, sur bois ou sur métaux, ainsi que sur des matériaux, plus courants pour l'écriture, tel le parchemin. Il s'agit plus particulièrement, en l'occurence, de palimpsestes -feuilles spéciales de parchemin où les anciennes inscriptions avaient été grattées, lavées et remplacées par des textes venant se graver dessus.

Les monuments de l'ecriture georgienne parvenus jusqu'a nous atteignaient deja a une si grande perfection, et se distingueaient par des caracteres traces avec tant de maitrise, qi'il est hors de doute que les specimrents d'un tel alphabet ne pouvaient etre le rtesultat d'un seul siecle et devaient avoir suivi dans le passe, une longue voie de developpemeent graduel.

Il reste ajouter que, meme si les debuts de notre ecriture ne sont point anterieurs au V -e siecle de notre ere, celleci doit, en tout cas, etre consideree comme l'une des plus anciennes.

L'evolution de l'ecriture georgienne a suivi une voie tres interessante et originale. Nous disposons principallement de trois ecpeces d'alphabet georgien. Selon le plupart de savants, les trois aspectes de cet alphabet se sont developpes graduellement en trois etapes successives. Tout d'abord, c'etait l'alphabet " Mrglovani "   (arrondi), ou l" asomtavruli "  (majuscule). A partir di IX-e siecle, apparait  le " koutkhovani "  appele encore " nouskhouri "  (anguleuse) et au XI-e siecle, ce sont deja les caracteres " mkhedrouli"  (ecriture laique) qui s'implantement et qui, de plus en plus, sous la forme de l'alphabet georgien conteporain, se maintennent au cours des siecles suivants, principalement dans les oeuvres de literature profane. En ce qui concerne les deux premières écritures, le " Mrglovani "  (arrondi), qui doit son appellation aux caractères relativement arrondis, et le " Koutkhouri "   (anguleux), elles étaient utilisées, jusqu'au XVIII-e siècle inclus, dans différents monuments de la littérature religieuse. C'est pourquoi ces caractères étaient encore appelés " khoutsouri ", ce qui signiffiait: appartenant aux prêtres, aux ecclésiastiques.

Dans les temps reculés, en Géorgie comme ailleurs, les bibliothèques étaient rassemblées dans les monastères (dont la plupart formaient, en même temps de riches foyers de culture), à la cour royale et dans les châteaux appartenant à de puissants féodaux.

On sait pertinement qu'aux temps anciens les centres monastiques et les temples les plus importants de Géorgie, à savoir: le Svétitskhovéli de Mtskhéta, le Sioni de Tbilissi, les monastères de David-Garedja, de Chio-Mgvimé, d'Alaverdi, de Guélati, de Djroutchi, de Chatberdi, de Khandzta, d'Ochki, de Parkhali, de Bitchvinta, de Mokvi, de Saphara, et plusieurs autres foyers de culture, possédaient de riches bibliothèques: il en était de même pour les monastères géorgiens fondés à l'étranger: en Palestine, sur le Mont Athos (en Grece) et le Mont Noir, près d'Antioche (en Turqie), au monastère de la Sainte Croix de Jérusalem (en Israel), sur le Mont Sinaï (en Egypte), dans le couvent de Pétritsos (en Bulgarie), et autres.

Les rois de Géorgie, et particulièrement David le Bâtisseur, la reine Thamar, Mariam, l'épouse du roi Rostom (XVII-e s.), Giorgi XI, Vakhtang VI, Ereklé II, et ses savants petits-enfants David, loané, Téimouraz, ainsi que David Dadiani, et d'autres, possédaient des bibliothèques remarquables. Des annotations attestent qu'une quantité importante de manuscrits furent recopiés spécialement pour eux et se conservaient dans leurs bibliothèques.

L'Institut des manuscrits Kornéli Kékélidzé de l'Académie des Sciences de la Géorgie a hérité précisément une grande partie des collections anciennes, de ces foyers de culture. Dans ce trésor national, on a réuni en premier lieu ce qui restait des différentes bibliothèques fondées, depuis les temps les plus reculés, sur le territoire géorgien.

Mais les vicissitudes du temps, les perpétuelles guerres extérieures et intestines, le morcellement du pays, dû aux rivelités féodales internes, portèrent une cruelle atteinte à l'ensemble du peuple géorgien et, en particulier, à ses foyers de livres. On peut affirmer en toute certitude qu'à l'heure actuelle nous ne possédons même pas un centième des inestimables écrits géorgiens qui s'étaient conservés au cours des longs siècles de l'existence du peuple géorgien.

Après 1921, l'état des choses s'est radicalement modifié. Dès les premiers mois de l'instauration du pouvoir soviétique en Géorgie, une section fut créée auprès du Commissariat du peuple de l'instruction publique, qui était chargée de la sauvegarde des musées et des antiquités. Les oeuvres d'art et les monuments de culture devinrent l'objet des soins de l'Etat.

Les années 1922 -1923 furent très importantes à cet égard. C'est alors que, suivant les clauses d'une décision spéciale du Conseil des Commissaires du Peuple de l'Union Soviétique, 305 manuscrits géorgiens, qui se trouvaient dans différentes collections d'antiquités de Russie, furent, pour la plupart, remis au Musée de la Société d'histoire et d'ethnographie de Géorgie.

Grâce également à l'intervention du gouvernement soviétique, les archives géorgiennes, évacuées pendant la première guerre mondiale dans les villages du Caucase du nord, furent restituées à la Géorgie. Malheureusement, une partie des documents historiques anciens (près de 3000 pièces des XI -XVIII-e ss.) disparurent, ou furent détruits, pendant le bouleversement de la guerre civile. En 1922 -1923, des personnalités déléguées sur place n'y découvrirent que des fragments dispersés d'anciens manuscrits.

Tous ces fonds entrèrent dans la section des manuscrits du Musée d'Etat de Géorgie avec les collections des documents historiques qui s'y rapportaient, munies d'un code en caractères latins: par ailleurs, de nouveaux fonds de manuscrits et de documents historiques furent créés en même temps et ne cessèrent de s'enrichir depuis la création de la section, en 1929. Les manuscrits de ce fond sont marqués de la lettre Q, et leurs documents historiques de Qd. Une riche collection de manuscrits d'une grande importance scientifique et artistique, et qui nous fut restituée, en 1945, venant de Paris, prit place à côté des autres collections. Comme on le sait, ces manuscrits, ainsi que d'autres richesses provenant de musées géorgiens, furent emportés de Géorgie, en 1921, par le gouvernement menchéviste. Mais, grâce au zèle d'Ekvtirné Takaïchvili, savant scrupuleux et intègre, le tout avait été soigneusement conservé et restitué dans son intégralité à qui de droit, c'est-à-dire au peuple géorgien.

Des manuscrits rédigés en différentes langues - en arménien, grec, russe, hébreux, arabe, persan, turc, etc. firent partie de collections spéciales.

On a classé et constitué à part le matériel des archives ayant trait aux auteurs classiques et aux personnalités géorgiennes du XIX-e siècle

En 1941, les musées de Géorgie passèrent, avec la totalité de leurs fonds, sous la qestion de l'Académie des Sciences de la RSS de Géorgie.

Par le suite, dans le but d'assurer l'extension du rassemblement, la sauvegarde et l'étude des manuscrits géorgiens, un Institut des manuscrits, portant, à partir de 1962, le nom de l'académicien Kornéli Kékélidzé, fut fondé en juin 1958 à la base de la Section des manuscrits du Musée d'Etat de Géorgie.

Trois sections existent actuellement à l'Institut des manuscrits: celles de l'archéographie, de la philologie et de la diplomatie, géorgiennes anciennes.

On y trouve également les salles mémoriales de grands savants géorgiens Ivané Djavakhichvili, Kornéli Kékélidzé et Ilia Abouladzé, professeur et fondateur de l'Institut. Ces salles contiennent leurs riches bibliothèques et leurs archives qui furent remis à l'Institut, soit par testament, soit directement par leurs héritiers.

Dans le but d'une meilleure sauvegarde des manuscrits, il y a été créé une série de laboratoires: chimique, micrologique, photographique, de restauration et un atelier de reliure.

L'Institut dispose de deux fonds de réserve pour les manuscrits, l'un pour les livres manuscrits, l'autre pour les documents historiques et pour les archives. On y trouve également une salle d'exposition où sont exposés les manuscrits les plus rares.

L'Institut dispose, à l'heure actuelle, de près de 10.000 manuscrits géorgiens des V-XIX-e siècles et de plus de 3.000 autres en langues étrangères, de près de 37.000 documents historiques des X-XIX-c siècles et de plus de 40.000 pièces d'archives.

Parmi celles-ci, près de 670 manuscrits sont exécutés sur parchemin, dont plus de 4.500 pages représentent d'anciens et précieux palimpsestes. Près de 150 papyrus grecs de la collection du professeur Grigol Tsérétéli, éminent helléniste géorgien, ainsi que d'autres documents historiques, sont également conservées à l'Institut.

Ainsi donc, l'ancienneté le nombre et la valeur scientifique et artistique des manuscrits de notre Institut en font l'un des plus riches et des plus importants dépôts de manuscrits de l'Union Soviétique. Il convient d'ajouter qu'il n'existe, jusqu'à présent, dans le cadre de l'Union Soviétique, que deux instituts de ce genre, dont le second est l'Institut d'anciens manusrits arméniens, le " Maténadaran "   (ce mot de " Maténadaran "  signifie, précisément, " bibliothèque " ), constitué peu après le nôtre, en 1959.

Grâce à ses travaux et à la richesse de ses fonds, l'Institut des manuscrits K. Kékélidzé de l'Académie des Sciences de la Géorgie jouit d'une grande réputation dans les milieux scientifiques de Géorgie, des pays étrangers. En 1969, une conférence à Tbilissi, portant sur les questions de l'archéographic et de l'étude des manuscrits anciens a approuvé et hautement estimé tous les aspects du travail scientifique de notre Institut.

A part l'Institut des manuscrits, des collections de manuscrits géorgiens moins importantes, mais parfois précieuses, sont conservées dans les institutions suivantes: Archives historiques nationales de la Géorgie, Bibliothèque publique, Musée national de la littérature de Géorgie, Musées d'histoire et d'ethnographie de Koutaïssi, Mestia, Gori, Zougdidi, Martvilii, Télavi, Akhaltsikhé, Batourni et autres; des collections assez importantes se trouvent également, hors de Géorgie, à la Bibliothèque publique nationale de Moscou, dans la section de l'Institut des études orientales de St. Petersbourg, à la Bibliothèque publique Saltykov-Chtchédrine de  St. Petersbourg, au " Maténadaran"  d'Erevan, et ailleurs.

On trouve encore des manuscrits géorgiens en Europe, dans la Bibliothèque nationale de Paris, au Musée Britannique et à la Bibliothèque Bodiey en Angleterre, au Vatican, à la Bibliothèque nationale de Vienne, à la Bibliotèque de l'Université de Graz (en Aurtiche), en Allemagne, en Pologne, en Tchécie, Slovaquie, en Amérique, etc.

Des manuscrits anciens d'une grande importance sont conservés dans les très vieux foyers de culture géorgienne au Mont Athos, au monastère d'ivérie (en Grèce), à la Bibliothèque patriarcale de Jérusalem (en Israël), au monastère de Sainte Catherine, sur la péninsule du Mont Sinaï (en Egypte), et ailleurs.

On possède actuellement un inventaire quasi complet des manuscrits géorgiens conservés tant en Géorgie même que dans les républiques soeurs et à l'étranger.

Les collections de l'Institut des manuscrits de l'Académie des Sciences de la Géorgie contiennet beaucoup d'anciens manuscrits géorgiens, tant originaux que traduits d'autres langues, souvent uniques en leur genre et qui ont trait à presque toutes les branches de la littérature et de la science, à savoir: poésie, prose, histoire, droit, philosophie, lexicographie, grammaire. sciences naturelles, médecine, géographie, notes de voyages etc. Notre littérature géorgienne médiévale est tout particulièrement riche en oeuvres ds littérature religieuse, ce qui est, d'une manière générale, le propre de tous les peuples chrétiens de cette époque. Nous possédons de précieux manuscrits de livres bibliques, d'oeuvres d'exégèse, de polémique, d'hagiographie, d'écrits dogmatiques, liturgiques, ascétiques etc.

Quant à l'ancienne littérature géorgienne classique et à celle de l'époque de la Renaissance, nous possédons plus de 130 copies complètes ou partielles du génial poème de l'immortel Chota Roustavéli, y compris presque tous les manuscrits les plus importants; plus de 30 copies du poème de Mossé Khoneli, " .Amiran - Darédjaniani " , ainsi que des copies de " Visramiani "  (le roman de Vis et de Ramin), de l " Abdoulmessiani "  de loané Chavtéli, de " Rostomiani " , de " Roussoudaniani " ; des oeuvres de Téimouraz  l-er, du roi Artchil, de Vakhtang VI, de Soulkhan-Saba Orbéliani, de David Gouramichvili, de Bessiki (Gabaclivili), et autres; nous détenons, par ailleurs, les autographes de S. S. Orbéliani. de Vakhtang VI et de David Gouramichvili dont nous possédons, dans un recueil de poésies, le " Davitiana " , écrit de sa propre main et envoyé en Géorgie par le truchement de Mirian Batonichvili; les oeuvres et les aiehives des grands poètes, écrivains et personnalités éminentes de Giorgie du XIX-c siècle: Nikoloz Baratachvili, Grigol Orbéliani, Ilia Tchavtchavadzé, Akaki Tsérétéli, Vaja Pchavéla, Alexandre Kazbégi, Jacob Goguébachvili et autres, des archives comprenant une grande quantité de copies autographiques.

Les collections de l'Institut sont riches en matériaux et ouvrages historiques, elles contiennent de multiples et intéressantes données pour l'étude de l'histoire politique, sociale, économique et culturelle, tant de la Géorgie que de ses proches voisins: l'Arménie, l'Azcrbaïdjan, le Caucase en général, Byzance, les pays des Khazars, la Russie, l'Arabie, le Mongolie, la Perse, la Turquie, et d'autres pays.

En dehors des dédicaces et postfaces inserrés dans les manuscrits, et qui sont, pour tout historien, d'un intérêt capital, nos fonds disposent de nombreux nionLilneiits de caractère narratif et historique, de tout premier ordre, tant sous forme d'oeuvres séparées que de recueils,

Nous possédons les deux copies les plus anciennes de l'une des premières œuvres historiques géorgiennes, la " Conversion de la Kartiie " . Il s'agit des copies de Chatbcrdi (X-c s.) et de Tchélichi (XIV-c s.), où nous retrouvons l'histoire de la conversion au christianisme de la Géorgie, au IV-e siècle.

Le même fait important de l'histoire de la Géorgie est traité dans l'œuvre d'un des plus grands représentants de la littérature et de la science géorgiennes, le philologue et le philosophe, Ephrem Mtsiré: " Relation traitant des raisons de la conversion des Géorgiens et des livres qui en font mention " . Son autre ouvrage, - " Contribution à la mémoire de Siméon Logophet et raison de la traduction des présentes lectures "  - est extrêmement précieux, quant à ses données exceptionnelles éclairant les aspects inconnus de l'œuvre d'un grand représentant de la littérature byzantine et différentes questions de la littérature byzantine, métaphrastique en général.

L'institute possède près de quinze copies de " Kartiis tskhovréba "   (" Chronique de Géorgie " ), recueil de grande importance scientifique, recelant l'ensemble de l'histoire de la Géorgie ancienne .Parmi les copies de cet ouvrage, quatre au moins sont antérieures à la version rédigée par Vakhtang.

L'Institut dispose également d'ouvrages historiques de Pharsadan Gorguidjanidzé (XVII-e s.), de Vakhtang VI lui-même ainsi que de son fils, Vakhouchti, érudit, savant et historien éminent. Il possède, notamment, une dizaine de copies de l'ouvrage de ce dernier: " Race et origine des Kartvéliens "  (Géorgiens), et des œuvres appartenant aux historiens: Sekhnia Tchkhéidzé, Papouna Orbéliani, Omar Kherkhéoulidzé, et autres.

On conserve dans les fonds de l'Institut des copies de l'ouvrage historique bien connu de Joseph Flavius, " Antiquités judaïques " , traduit du grec, au Xl-e siècle, par le célèbre philosophe géorgien loané Pétritsi, le " Chronographc "  de Guiorgui Amartol, traduit par un autre écrivain éminent Arsèna lkaltoéli, remontant au Xlll-e siècle, et bien d'autres encore.

Parmi les ouvrages historiques, il faut noter les monuments remarquables d'une importante branche de la littérature religieuse, l'hagiographie, et particulièrement l'hagiographie géorgienne originale, dont nous possédons des spécimens depuis le V-e siècle, à savoir: le " Martyre de Sainte Chouchanik "  par Jacob Tsourtavéli (le manuscrit contenant ce texte date, lui-même, du X-e s.). L'Institut possède également des œuvres d'ioané Sabanisdzé, de Guior-qui Mertchoulé, de Guiorgui Atonéli, de Guiorgui Mtsiré Atonéli, et autres. Ces précieux monuments, qui ont une importance majeure pour l'histoire de notre peuple, de notre langue, de notre littérature, et pour l'étude de notre culture, en général, sont actuellement publiés par notre Institut en quatre volumes. Cette publication, qui tient compte de toutes les copies, constitue, sans aucun doute, une importante acquisition pour les savants, car, à part leur grande valeur scientifique et historique, ces œuvres attirent souvent l'attention en tant que spécimens exceptionnels de la littérature médiévale d'une grande maîtrise artistique. Pour ce qui est des documents historiques, l'Institut dispose d'une grande quantité de copies relatives à des recensements de la population, des décisions judiciaires, des chartes de donation, des contrats, des collectes, des titres d'achats, des documents reflétant les rapports à l'époque du servage, etc.

Une importance particulière est attachée à la charte sur parchemin du roi Bagrat IV, grand-père de David le Bâtisseur, rédigée en 1060 -1065, et mettant fin au litige foncier qui opposait le monastère d'Opiza à celui de Midznadzori. A part les grands faits historiques réels qu'il reflète, ce document attire l'attcntion par sa valeur paléographique, en tant qu'excellent et remarquable spécimen de la transition de l'écriture " nouskhouri "  en l'écriture " mkhédrouli " .

Un autre document d'une grande importance, daté de 1058, est la Charte de donation de Bagrat IV au monastère de Chio-Mgvimé, ainsi que la charte de donation également destinée au monastère de Chio-Mgvimé, et rédigée en 1191 par le vizir de la reine Thamar, le détenteur des mandats Tchiabéli. On suppes que la reine Thamar signa elle-même ce document qui compterait, par ailleurs, au nombre de ses illustres signataires, - Chota, le seigneur de Jinva-li qui pourrait bien être le grand poète Chota Roustavéli. On conserve également à l'Institut un document de donation au môme monastère de Chio-Mgvimé, signé par le père de la reine Thamar, Guiorgui III, et rédigé en 1170; ce document confirme toutes les donations antérieures faites au monastère. Plusieurs autres documents historiques de l'Institut ont également une grande valeur scientifique.

A l'Institut, et plus particulièrement dans sa section consacrée à la diplomatie géorgienne, on effectue actuellement un travail immense, ayant pour but l'étude minutieuse et la mise en lumière des précieux documents qui s'y rapportent. A l'heure actuelle, l'une des tâches principales de notre Institut consiste à mettre en train la publication d'un " Recueil complet de documents historiques géorgiens, effectué en collaboration avec l'Institut d'histoire, d'archéologie et d'ethnographie l. Djavakhichvili, les Archives historiques centrales de Géorgie et d'autres organisations scientifiques; y prendront également part les collections de l'Université de Tbilissi du Musée ethnographique de Koutaïssi, de la succursale de l'Institut oriental de l'Académie des Sciences de Russie, à  St. Petersbourg, et autres. Cet ouvrage comprendra 1'ensemble des documents historiques géorgiens dont disposent les collections d'antiquités de l'ancien l'Union Soviétique et de l'étranger, depuis le Vll-e siècle et jusqu'aux années 60 du XIX-e siècle. L'édition comprendra près de 50.000 documents, répartis en plusieurs dizaines de gros volumes, accompagnés d'un commentaire approprié, d'indexés et de photocopies des documents anciens particulièrement précieux. Une très grande partie de cette précieuse documentation historique sera publiée, pour la première fois, à une échelle scientifique, ce qui permettra de faire un grand pas en avant dans l'étude, non seulement de l'histoire politique, social-économique et culturelle, et dans celle de la paléographie, de la diplomatie géorgienne, et d'autres branches de la kartvélologie, mais encore des problèmes relatifs à l'histoire de certains autres pays.

Le premier volume de l'ouvrage est prêt à paraître. Il comprendra près de 450 documents s'échellonnant entre le Vll-e et le XV-e siècles. Un important travail est en cours, et a pour but d'établir un catalogue complet des documents géorgiens historiques, de rechercher des matériaux supplémentaires, en vue de préparer les volumes II-VI de l'édition en question. Par la suite, on prévoit une extension graduelle et accélérée de cette grande entreprise.

Le droit civique et le droit canon sont représentés à l'Institut par plusieurs dizaines de manuscrits. Particulièrement nombreuses sont les copies du recueil de lois bien connu, dû au roi Vakhtang VI, ainsi que de son " Dastourlamali " , code et règlements du royaume de Kartiic. Parmi d'autres documents précieux, citons encore les manuscrits des recueils de lois des grands féodaux de la Géorgie méridionale, Béka et Agbouga (XIII-MV-e ss.), le " Code "  de Guiorgui ie Magnifique (XIV-e s.) et un ouvrage unique de cette époque - " Règlements de la cour royale " . Malheureusement, la copie de ce document ne nous est parvenu que dans un état fragmentaire. Il constitue, cependant, tel qu'il est, un trésor précieux pour l'étude des multiples aspects de l'Etat féodal géorgien.

Parmi les monuments de droit canon, les plus dignes d'intérêt sont: le " Petit nomocanon "  d'Euthyme Athonéli (actuellement sous presse) et le " Grand nomocanon "  (traduit en géorgien à la fin du Xl-e siècle par Arsène lkaltoèli) avec textes supplémentaires et, notamment, les décisions du célèbre Concile de Rouis-Ourbnissi, tenu sous le roi David le Bâtisseur. Tout un groupe de spécialistes a travaillé à ce manuscrit qui doit être prochainement publié.

L'Institut disprose encore de plusieurs dizaines de livres de médecine et de recettes parmi lesquels on distingue notamment: "  l'Oustsoro Karabadini"    (" l'incomparable karabadini " , XIV - XV-e ss.), le karabadini du "  brdzentmtavara "  (" les sages des sages " ) et le " mkournala "  (" les guérisseurs " ) de Zaza Panaskerteli - Tsitsichvili (XV-e siècle), le " Tsigni Saakimoi "  (" livre de médecine " , dont le manuscrit ne date que des XV-XVI-c siècles, mais qui fut écrit au début du Xlll-c siècle, à époque de la victoire remportée sur le Sultan des Scidjuks, Rouknadin), " Yadigar Daoudi "  (XVI-e siècle), et autres.

Parmi les œuvres philosophiques, on trouve à l'Institut: les " Chapitres sur la philosophie "  de Jean Damascène (XI-XII-c siècles) traduits par Arsène lkaltoéli. les ouvrages de Denys l'Aréopagytc, les " Sources de la connaissance"  de Jean Damascène (manuscrit du Xll-c siècle), traduits par Ephrern Mtsiré etc. Notons, en particulier, près de dix copies de l'ouvrage de Proclus de Constantinople " Eléments de théologie "  (copies des XTI-XIII-XVIII-c ss.) accompagné de commentaires originaux et d'explications du grand philosophe géorgien, loané Pétritsi; citons encore la traduction de l'important ouvrage de Nernesius d'Emèse " sur la nature de l'homme"  etc.

Dans les ouvrages géographiques, indiquons, en premier lieu, la partie géographique du remarquable ouvrage historique de Vakhouchti Bagrationi et l'Atlas des cartes de Géorgie, ainsi que, pour les récits de voyage: " le Voyage en Europe "  de Soulkhan-Saba Orbéliani, les " Voyages "  de Tirnothé Gabachvili, de loané Guédévanichvili et de Guiorgui Avalichvili, en Turquie, en Palestine, en Egypte, au Mont Athos et dans d'autres lieux, principalement dans le but d'étudier les antiquités géorgiennes et les centres de culture géorgiens.

Nos fonds sont également riches en manuscrits appartenant au domaine de la grammaire. Nous possédons, notamment, sous forme de copies du Xll-e siècle, un très ancien dictionnaire de Cyrille, patriarche d'Alexandrie, donnant l'explication des mots les plus difficiles des Evangiles; plusieurs dizaines (plus de 50) manuscrits rédactions, abrégées ou complètes, du remarquable dictionnaire de la langue géorgienne de Soulkhan-Saba Orbéliani dont la dernière édition scientifique en deux volumes, basée sur une dizaine de copies, considérées comme autographiques, fut réalisée en 1965-1966 par le professeur Ilia Abouladzé; des manuscrits de travaux lexicologiques de loané et Téimouraz Bagrationi, de loané Khélachvili, de David Tchoubinachvili et autres. L'Institut conserve également les manuscrits des grammaires anciennes d'Antoine l, de Zourab Chanchovani, de Gaios, de David et de loané Bagrationi, de Niko Dadiani, et d'autres. Enfin, l'Institut dispose d'un autre ouvrage encyclopédique d'un intérêt tout exceptionnel, celui d'ioané Bagrationi, le " Kalmassoba " , dont nous possédons la copie autographe, et dans lequel presque tous les problèmes de la scienoe et de la littérature de l'ancienne Géorgie sont traités, sous forme de dialogue.

Les collections de l'Institut sont exceptionnellement riches en littérature religieuse géorgienne et, particulièrement en manuscrits très anciens. Nos ancêtres n'ont laissé presque aucun ouvrage important de la littérature chrétienne sans le traduire et, souvent, certains monuments ont été traduits deux, trois ou plusieurs fois. On traduisait, en premier lieu, les oeuvres des pays qui se trouvaient en relations culturelles et littéraires étroites avec la Géorgie, notamment du grec, de l'arménien, de l'arabe, du syrien et, par la suite, du slavon.

Comme de bien entendu, une attention particulièrement grande, a été concentrée, dès le début, à la traduction de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il y eut donc de nombreuses traductions, tant canoniques qu'apocryphes. Nous possédons plus de quinze copies du seul Ancien Testament, et d'avantage encore de copies du Nouveau Testament. Pour l'Ancien Testament, les versions les plus nombreuses sont celles du livre de David ou des Psaumes qui datent des X-XVIII-e siècles et dont nous possédons des dizaines de copies dont quelques unes merveilleusement bien enluminées.

Quant aux livres du Nouveau Testament, ce sont, bien entendu, les manuscrits des Evangiles qui représentent la partie la plus riche et la plus brillante de notre collection, aussi bien au point de vue de l'ancienneté que de leur nombre et de leurs enuminures. Nous en possédons plus de cinquante (depuis le IX-e siècle), dont les plus précieux sont: la première copie des Evangiles de Djroutchi (936), celles d'Alaverdi (Xl-e s.), de Guélati, de Vani, la seconde copie de Djroutchi, celle de Mokvi, et d'autres, munies de superbes miniatures et enluminures, exécutées avec une grande maîtrise artistique. Ces manuscrits représentent des monuments d'importance mondiale.

L'édition critique des versions géorgiennes de l'Ancien Testament, cet important monument de la littérature mondiale,est considérée depuis longtemps comme une tâche primordiale de notre science philologique. Aussi, un groupe impotant de travailleurs scientifiques de l'Institut travaille-t-il, depuis plusieurs années, à l'étude de ces textes et aux préparatifs de leur publication.

L'Institut possède des centaines de traductions appartenant à Jean Chry-sostome. Basile de Césarie, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nisse, Maxime le confesseur, Jean Damascène et autres éminents représentants de la litté-lature byzantine première. Il possède également des copies de quelques traductions d'ouvrages byzantins métaphrastiques, telles, par exemple, les œuvres de Pseudo-Denys l'Aréopagite que certains savants considèrent comme étant le philosophe et l'éminente personnalité géorgienne, Pierre l'Ibère; des œuvres de Proclus de Constantinople et d'autres. Des représentants éminents de la littérature géorgienne tels que:Euthyme Athonéli et Georges Athonéli, Ephrem Mtsiré, Arsène lkaltoéli et loané Pétritsi, ainsi que plusieurs de leurs disciples, ont travaillé à la traduction et aux commentaires de ces œuvres.

L'intérêt envers les anciennes traductions géorgiennes est renforcé du fait même que les originaux de nombreux textes ont été perdus, ou recopiés ultérieurement, et nous sont parvenus dans des versions altérées. Citons quelques exemples :prés de 70 ouvrages de l'auteur byzantin bien connu, Jean Chrysostome, figurent dans les anciens " mravaltava"  géorgiens, mais un tiers seulement de ces ouvrages existent actuellement en version originale. Ce n'est qu'en manuscrits géorgiens que nous sont parvenues les traductions des ouvrages exégétiques de l'écrivain du Ill-e siècle Hyppolite le Romain, notamment, son " Exégèse du Cantique des Cantiques"   dont les originaux sont considérés comme perdus depuis longtemps. C'est encore en géorgien seulement que s'est conservée " l'Exégèse de l'Ecclésiaste " , œuvre de l'écrivain byzantin du IX-c siècle, Mitrophanos de Smyrne, inconnue dans la littérature scientifique: il en est de même de l'œuvre des auteurs byzantins Siméon Logophète ou Mé-taphraste et de son disciple Jean Xiphilin, et de bien d'autres.

On attribue une importance toute particulière aux manuscrits des X- ll-c siècle, comprenant des traductions des poésies religieuses, accompagnées de signes musicaux, ainsi qu'un grand nombre d'œuvre en version originale, appartenant à des hymnographes géorgiens, à savoir: le recueil bien connu de Mikhael Modrékili (X-e siècle) que présente une très grande importance pour l'étude des questions de l'ancienne hymnographie géorgienne et de l'histoire de la musique. Par ailleurs, cet ouvrage témoigne de la haute culture des anciens copistes géorgiens. Notre institut se livre également à l'étude de l'hymnographie géorgienne ancienne, et quelques résultats de ces recherches, accom-pagnes de Textes à l'appui, seront publiés sous peu.

Nous possédons, d'autre part, des manuscrits en langues étrangères d'une très grande valeur.

Parmi ces derniers, les parchemins grecs sont particulièrement précieux, notamment, celui que l'on désigne sous le nom d'Evangiles de Koridéti, recopiés au IX-e siècle en caractères majuscules. Grâce à ses différentes interprétations, ce manuscrit est bien connu des spécialistes du monde entier et présente une version excessivement intéressante de ces textes. On trouve sur ses marges de nombreuses annotations en langues géorgienne et grecque, remontant aux X-XV-e siècles et offrant une grande valeur historique, qui permettent, par ailleurs, d'élucider de nombreuses questions portant sur l'histoire sociale, économique et politique de la géorgie méridionale. On attache également un grand intérêt à une autre copie des Evangiles, du IX-e siècle également, et à un recueil d'homélies de Basile le Grand. Ce manuscrit du Xl-e siècle suscite un grand intérêt dans les milieux scientifiques.

Les fonds orientaux, comprenant 2845 manuscrits des XIV-XX-e siècles, se rapportent à des domaines les plus multiples : prose, poésie, art, géographie, philosophie, astronomie, médecine, lexicologie, grammaire, questions militaires, religion, etc.

Dans la collection persane, nous retrouvons, en copies anciennes, les couvres de poètes persans- aussi- éminents que Firdousi, Hakani, Nizami Gan-djévi, Saadi, Djalal-eddin-Rurni, Hafiz, Djami, et autres; les ouvrages des historiens lskander Munchi, Mirza Mahomet, Taguer Vahidi, Mehdi Khan, Va-ssafi, et d'autres; le célèbre traité astronomique d'Ouglougbek accompagné de planches explicatives; de nombreux documents historiques, délivrés par les chahs d'Iran, et notamment, aux souverains géorgiens, en commençant par le chah Abbas le Grand.

Dans la collection des manuscrits turcs (246 pièces) on distingue, en premier lieu, le " Grand davtar du vilaïct de Gurdjistan " , constituté en 1592 et dont le texte, accompagné d'une étude et de commentaires, a été publié en 4 volumes par l'académicien S. Djikia.

On attache un grand intérêt à la très ancienne copie du " Mouhchaati "  d'Alicher Navoï (spécimens de correspondance) et à " Ferhardi et Chirin " . Du même auteur, œuvre recopiée peu après le décès du poète, dans le premier quart du XVI-e siècle. Une grande importance est également attribuée au " Divan "  de Fuzuli Bagdadi (recopié en 1577). Nous possédons, par ailleurs, des copies de la traduction turque du " Boustani "  de Saadi, remontant au XVII-e siècle, ainsi que d'autres manuscrits.

Dans les fonds orientaux, la collection arabe (1433 pièces) est présentée d'une manière particulièrement complète et comprend également différentes branches. La copie du XIV-e siècle du traité de médecine d'Avicenne (lbn-Sina) et plusieurs copies du Koran, ornées de superbes enluminures, comptent au nombre des monuments les plus importants de cette collection.

Nous possédons également une copie du Pentateuque de Noïse et de l'Ansien Testament du X-e siècle, en hébreu appelé la Bible de Laïlachi qui suscite un très grand intérêt chez les bibliologues et les hébraïstes, et suggéra à l'académicien G. Tsérétéli de préparer une édition scientifique de ce manuscrit.

La collection arménienne de l'Institut se compose de plus de 300 manuscrits, à savoir : les ouvrages historiques du Moyen Age de Stéphanos de Taron, et de Samvel d'Avi, des copies d'un recueil de droit arménien de Mkhitar Goch, une dizaine de copies d'Evangiles des XIV-XVI-e siècles, des ouvrages de médecine, de grammaire et de lexicologie, ainsi que des ouvrages religieux.

La collection de manuscrits russes est, de son côté, relativement nombreuse, mais ce sont surtout des matériaux plus récents dont la plupart datent du XIX-e siècle. Nous possédons toutefois certaines pièces des XVII-XVIII-e siècles, dont plusieurs documents ont trait à la correspondance des XVIII-e-XIX-e ss. des rois de Géorgie et des membres de leur famille. Certaines épitres géorgiennes ne se sont concsrvèes qu'en traduction russe.

Citons encore un autographe de Léon Tolstoï, sous forme de lettre adressée, le l février 1905, par le grand écrivain à une personnalité géorgienne, Ilia Nakachidzé. Nous possédons également une copie incomplète de la célèbre comédie de Griboédov, etc.

Avant de passer en revue différantes éditions d'anciens manuscrits géorgiens, notons que, durant les années du pouvoir soviétique, cette branche, comme 1'enscmblc des recherches sur la littérature géorgienne ancienne, a donné lieu à des travaux immenses, tant dans la publication de textes que dans les monographies et autres ouvrages scientifiques consacrées à ces textes. Pour se rendre nettement compte de l'ampleur du travail scientifique effectué en ce sens, il suffit de dire qu'un ouvrage spécial (" Bibliographie de l'ancienne littérature géorgienne " ) comprend, uniquement pour les années 1921-1965, plus de 4600 pièces. Notre aperçu est, par conséquent, loin d'être complet, et ne contient qu'en abrégé certaines questions et certains faits essentiels.

Il est évident que notre Institut se pose pour tâche essentielle de constituer une description de manuscrits géorgiens, à l'échelle scientifique moderne, et en vue de leur publication. Un travail assez important a déjà été effectué en ce sens.

Dès avant la révolution, une Description des manuscrits du Musée de l'Eglise avait paru en trois volumes. Les deux premiers volumes avaient été publiés par Tedo Jordania en 1901-1902, et le troisième, en 1908, par Mosse Djanachvili. L'ouvrage, dans son ensemble, comportait la description de 1040 manuscrits.

Le catalogue de la bibliothèque de la Société de diffusion des connaissances parmi les Géorgiens a été publié en 1904 par David Karitchachvili en une édition relativement abrégée, tandis qu'une description plus détaillée, ayant trait principalement aux manuscrits littéraires et historiques les plus importants et appartenant à cette même collection, a été publiée en deux gros volumes, en 1902-1912, par Ekvtimé Takaïchvili.

Les descriptions mentionnées ci-dessus ont rendu, en leur temps, de précieux services aux milieux scientifiques qui travaillaient dans les domaines de la Kartvélologie, mais, par la suite, on a trouvé indispensable d'établir et de publier des descriptions beaucoup plus complètes et scientifiques de l'ensemble du fond. Cette tâche a été entreprise, en 1939, par l'académicien Ivané Djavakhichvili qui a rédigé personnellement une instruction-modèle peur l'établissement de ladite description. Compte tenu de quelques modifications de détail, cette description sert, jusqu'à présent, à tous ceux qui travaillent dans ce domaine.

Dans la série des descriptions élaborées suivant ce programme, on avait édité, tout d'abord, le volume l de la Description des manuscrits de l'ancien musée de la Société d'histoire et d'ethnographie de Géorgie (collection N), consacrée par les collaborateurs du Musée d'Etat de Géorgie, en 1946, au 25-e anniversaire de 1'instauriation du pouvoir soviétique en Géorgie. Dès le premier volume, 1ensemble de ce travail a été mené sous le contrôle et la dircction de feu llia Abouladzé, professeur et ancien directeur de l'Institut des manuscripts. Un grand groupe de travailleurs scientifiques expérimentés travaillient assidument, depuis de nombreuses années à l'élaboration de cette description. Ce sont nottamment; Kh. Charachidzé, L. Koutatéladzé, L. Métrévéli, N. Kasradzé, L. Méparichvili, M. Kavtaria, l. Enoukidzé, T. Brégadze, M. Chanidzc, et autres. Les travaux de rédaction ont été menés, à différents moments, par les académiciens S. Djanachia, K .Kékélidzé, A. Baramidzé, ainsi que Kh. Charachidzé. Les derniers volumes pal dissent sous la rédaction du professeur E. Métrévéli.

A. l'heure actuelle, seize gros volumes de la Description des manuscrits géorgiens, comprenant 600 feuilles imprimées, ont déjà été publiés. La description de la collection de la Société d'histoire et d'ethnographie est entièrement terminée (elle comprend 6 volumes); les volumes IV et V de la Description des manuscrits de l'ancien Musée de l'Eglise ont déjà vu le jour, ainsi que six volumes de l'ancien fond dc'.î manuscrits (le fond S) de la Société de diffusion des connaissances parmi les Géorgiens; on est en train de publier encore un volume de cette édition; deux volumes du nouveau fond (le fond Q) sont en voie de publication. Par ailleurs, on travaille activement à la rédaction d'une nouvelle description, scion un programme complet, des matériaux ayant fait partie de la description des manuscrits de l'ancien Musée de l'Eglise d'avant la révolution, et dont plus de 700 manuscrits sont déjà décrits.

Notons que, de par leur caractère complet et leur valeur scientifique, ces descriptions se distinguent avantageusement des descriptions analogues des monuments manuscrits de bien d'autres pays et peuvent même, pour certains d'entre eux, servir d'exemple.

A part les principaux fonds mentionnés ci-dessus, il a été publié également, scion le môme modèle, des descriptions de manuscrits géorgiens conservés dans d'autres collections, à savoir: deux volumes de descriptions d'ancien manuscrits des Archives centrales historiques, la description du Musée de Koutaïssi (en deux volumes), la description des manuscrits de la Bibliothèque publique , de Géorgie etc. Notre Institut a commencé l'étude systématique et la description des fonds de manuscrits qui se trouvent dans les musées régionaux. On a déià terminé, et l'on est en train de préparer pour la publication, la description des manuscrits des Musées de Mestia, d'Akhaltsikhé, de Télavi, de Zougdidi, de Gori, et d'autres villes.

On a publié une importante description de manuscrits géorgiens du Mont Sinaï (1947), faites par N. Marr en 1940, et par l. Djavakhichvili en 1947, comme suite à leur expédition au Mont Sinaï en 1902, et une description de N. Marr des manuscrits géorgiens de la Bibliothèque partiarcale de Jérusalem (la rédaction de celle-ci est due à H. Métrévéli, 1955) etc.

Un travail, déjà partiellement accompli, se poursuit en vue de rédiger la description des manuscrits de langues étrangères, appartenant aux fonds de l'Institut, des manuscrits. On a déjà mis au point la description des manuscrits arméniens, et publié des descriptions, en abrégé, mais néanmoins inté-rn.-î.nuscrits persans, turcs et arabes, et on a publié (efi 1969) la première partie de la description d'une des plus intéressantes collections de manuscrits orientaux existant dans notre Institut.

On prépare, avec illustrations à l'appui, une description des manuscrits, munis de miniatures, ayant une grande valeur artistique, ainsi que celle de tous les manuscrits géorgiens ornés d'enluminures. Les fonds de l'Institut en comptent plus de 130. Les manuscrits précieux de ce genre remontent uniquement aux X-XIV-e siècle (sans compter les manuscrits ornés d'enluminures datant d'une époque postérieure et dont le nombre est beaucoup plus considérable).

Quant à l'étude des manuscrits provenant des vieux centres culturels géorgiens situés à l'étranger, notons que, grâce au travail assidu et à la per-ressantes des manuscrits grecs. On a décrit également une part importante des sévérance de feu V. Ouznadzé, ancien chargé de cours et directeur de la Bibliothèque scientifique centrale de l'Académie des Sciences de  Géorgie, et grâce au concours de nos éminents philologues, on a pu obtenir, en 1956, de la Bibliothèque du Congrès à Washington, des copies de microfilms de manuscrits géorgiens (pour la plupart, très anciens et recopiés avant le XV-e s.) conservés au Mont Sinaï à Jérusalem et filmés par une expédition spéciale de la Bibliothèque du Congrès et de la Société biblique. Grâce à cette précieuse acquisition, on a considérablement progressé dans l'étude de l'héritage des manuscrits géorgiens anciens et on entrevoit la perspective de recherches plus approfondies dans les domaines de la littérature et de la langue géorgiennes. C'est ainsi que l'on a découvert, notamment, une nouvelle version détaillée de l'oeuvre géorgienne, le " Balavariani "  (" le roman de Barlaam et de Joasaph " ), publiée en 1957, par le professeur llia Abouladzé dont la traduction a paru d'abord en langue russe, et, récemment dans une belle traduction anglaise du professeur David Lang, ce qui atteste l'importance extrême de ce texte pour l'histoire de la littérature byzantine et mondiale.

Ces mêmes microfilms ont permis à l'académicien A. Chanidzé de pub-l'er le texte du célèbre " Mravaltavi "  du Mont Sinaï et, au professeur l. Abouladzé, celui du " Prespiratuel " , oeuvre de l'écrivain dû Vll-e siècle, loané Moscha, et d'autres.

L'Institut possède de riches photos et microthéqucs. eu sont conservés les photocopies et les microfilms de manuscrits, uniques en leur genre, faisant partie des fonds de l'Institut, ainsi que de nombreux manuscrits géorgiens anciens de grande valeur, conservés ailleurs.

Nous suivons actuellement aves beaucoup d'intérêt toutes les nouvelles découvertes et faisons notre possible pour rassembler les photocopies et les microfilms des manuscrits géorgiens conservés à l'étranger et dans différentes bibliothèques de l'Union Soviétique.

Au cours des deux dernières années, l'Institut a reçu 4 microfilms de manuscrits du monastère d'ibérie, des microfilms de 4 manuscrits de la Bibliothèque nationale de Vienne et la photocopie d'un manuscrit-palimpseste exceptionnellement précieux. On a également obtenu le microfilm d'un palimpseste du X-e siècle conservé à l'Université de Brinston et les microfilms de 5 manuscrits de la Bibliothèque de Bodicy d'Oxford. L'Institut a encore reçu de nouvelles magnifiques photocopies de 3 manuscrits conservés à la Section orientale de l'Institut oriental de St. Petersbourg, y compris la célèbre copie des Annales géorgiennes (" Kartiis tskhovréba " ) du prince Teïmouraz.

Les microfilms des manuscrits géorgiens du Mont Athos nous ont été envoyés par le professeur M. Richard, directeur de la Section des manuscrits byzantins de l'Institut de recherches et de manuscrits de Paris. Quant aux copies des manuscrits de Vienne, Brinston et Oxford, l'Institut en dispose grâce au zèle de l'académicien G. Tsérétéli. Les palimpsestes contenant les spécimens les plus anciens de la langue géorgienne, et dont la plupart sont conservés à l'Institut des manuscrits K. Kékélidzé de l'Académie des Sciences de la Géorgie, ont une grande importance scientifique. Certain nombre d'entre eux, dont la plupart, sous forme de fragments, ont échoué dans des bibliothèques étrangères. notamment en Angleterre (bibliothèques de Cambridge et d'Oxford), en Autriche (Bibliothèque nationale de Vienne), à la Bibliothèque nationale de Paris, à  St. Petersbourg, et ailleurs.

Un petit nombre de ces palimpsestes ont été déchiffrés par l. Djavakhichvili, A. Chanidzé, l. Abouladzé, par le kartvélologue américain, Robert Blake et par le professeur anglais, D. Berszol.

La plupart des textes déchiffrés se sont avérés, pour l'instant, être différentes versions de l'Ancien et du Nouveau Testaments, mais récemment on a découvert également des fragments d'œuvres hagiographiques et historiques. Une partie des palimpsestes de l'Institut des manuscrits se rapporte, selon l. Djavakhichvili, aux V-VI-e ss.

Les nouveaux procédés photographiques de l'Institut et l'étude par le professeur l. Abouladzé des fragments de la " Vie"  opocryphe de Ste Christine, ont permis d'établir que les palimpsestes peuvent contenir d'importants monuments, inconnus jusqu'à présent. Des fragments de cette même " Vie " , ont été découverts dans des palimpsestes conservés à Vienne.

Le " Lectionnar khanmète "  ou " Lectures khamètes "   est le seul parmi les manuscrits non palimpsestes à avoir été retiré, en même temps que d'autres manuscrits, de l'ancien monastère géorgien du Mont Sinaï. Aujourd'hui, il appartient à la bibliothèque de l'Université de Graz, en Autriche.'

L'Académicien A. Chanidzé qui a étudié ce chef-d'oeuvre de la langue géorgienne, en a publié une photocopie en 1944.

De nombreux parchemins plus récents confirment que les formes " khanmètes "  et " haemètes "  étaient, à une certaine période, le propre des manuscrits géorgiens. Il en est ainsi dans le " Mravaltava " , (sorte de chres-tomathie de textes religieux) du Mont Sinaï, le plus ancien manuscrit géorgien qui ait été daté (ce manuscrit a été recopié en Palestine au monastère de Saint Saba en 864). Son texte photocopie, publié en 1969, a été rédigé par A. Chanidzé. Le second manuscrit daté est celui des Evangiles d'Adichi, recopié en 897 à Chatberdi, et transféré par la suite en Svanétie, au village d'Adichi, auquel il doit son nom. Ce manuscrit est conservé à présent au Musée ethnographique de Mestia.

Le premier manuscrit des Evangiles de Djroutchi, recopié à Chatberdi en 936, et échoué au. monastère de Djroutchi dans la région de Satchkhéré, est l'un des manuscrits datés les plus anciens de l'Institut. Ces deux versions des Evangiles, de même que la troisième, celle de Parkhali (recopiée en 973) ont été éditées par A. Chanidzé en 1945.

Partant de la riche collection de manuscrits de notre Institut, de gros efforts ont été entrepris pour publier les monuments de la littérature géorgienne. Durant ces dernières années, il n'est guère resté d'œuvres originales de littérature, d'histoire, de philosophie, etc. qui n'aient été éditées une ou plusieurs fois.

Au cours de son existance en tant qu'établissement scientifique autonome, à partir de 1958, l'Institut des manuscrits a publié cinq volumes du " Bulletin "   (1959-1963) et plusieurs recueils: un volume de " Recherches philosophiques "  (1964). deux volumes de " Recherches paléographiques "   (1965, 1969), un recueil d'ouvrages historiques et philologiques - " Chota Roustavéli "  (1966) consacré au 800-ème anniversaire de la naissance du grand poète; " Quatre monuments de la littérature géorgienne "  d'après les manuscrits des X-XII-e siècles "  (1965), " Quelques documents historiques géorgiens des XIV-XVIII-e siècles "  (1964), etc. Plus de cent ouvrages entrent dans ces recueils qui constituent le résultat des recherches effectuées sur les manuscrits, aussi bien originaux que traduits, et parfois suivis de brefs commentaires critiques.

Ce sont, en particulier, les quatre volumes des " Monuments de la littérature hagiographique géorgienne ancienne "  (1965-1971) qui forment un recueil complet d'œuvres originales constituées d'après les copies existantes. Mentionnons l'ouvrage du professeur Ilia Abouladzé, " Les versions géorgiennes du roman de " Barlaam et Joasaph " , du " Pré spirituel "  d'Ioané Moskha (1960), les Anciennes versions de l' Hexameron "  de Basile de Gésarie et l'exégèse de l'œuvre de Grégoire de Mysse, " De hominis opilicio " , d'après les manuscrits des X-e-XIII-e siècles (1964), le " Dictionnaire géorgien "  de Soulkhan-Saba Orbéliani, public d'après une version autographe en deux volumes (1965-1966), de môme que l'ouvrage du professeur Hélène Métrévéli, " Documents relatifs à l'histoire de la colonie géorgienne à Jérusalem "   (1962). On lui doit également la première édition de l'œuvre de Guiorgui Avalichvili, diplomate, écrivain et homme d'action géorgien: " Voyage de Tbilissi à Jérusalem " .

L'édition de l'''Amiran-Darédjaniani "  est le résultat d'une étude scrupuleuse, par L. Atanélichvili, d'une quarantaine de manuscrits connus de cette oeuvre.
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En ce qui concerne les livres bibliques, le chargé de cours, M. Chanidzé a édité une remarquable série de " Monuments de la langue géorgienne ancienne "  (No II) - " Les anciennes versions géorgiennes du psautier d'après les manuscrits des X-e-XIII-e siècle "  (1960). Plus de dix œuvres apocryphes, ou non canoniques, ont été étudiées et publiées par le candidat en lettres, T. Koutsikidzé dans ses ouvrages: " Versions géorgiennes des apocryphes sur les apôtres "   (1959) et " Versions géorgiennes des apocryphes de l'Ancien Testament, d'après les manuscrits des X-e-XVIII-e siècles " , vol l, (1970), etc.

Parmi les ouvrages consacrés à l'étude de la littérature géorgienne postérieure, il faut mentionner les études des savants suivants; M. Kavtaria. " L.Ecole littéraire de David-Garedja "  (1965), L. Koutatéladzé, " Les Travaux lexicographiques de David et loané Bagrationi "  (1967), E. Abramischvili, " Les archives sur la vie sociale et culturelle en Géorgie des années 70 du XIX-e siècle "  (1965), etc.

On a publié des documents d'une grande importance pour l'étude de l'histoire de la Géorgie et des pays limitrophes, accompagnés, pour la plupart, d'études spéciales et de commentaires: " Documents historiques du royaume d'imérétie et des principautés de Gouric et d'Odichi (1466-1770) " , livre l, 1959 (publié par Ch. Bourdjanadzé), " Documents sur l'histoire de la Géorgie méridionale (XV-XVI-e siècles) " , 1961 (Kh. Charachidzé) " La Vie de l'historien géorgien Nino Dadiani " , 1969 (Ch. Bourdjanadzé), " Documents sur la géographie historique et la toponymie de la Géorgie des X-XII-c siècles " , livre l, 1964 (Z. Alexidzé et Ch. Bourdjanadzé), etc. Parmi les travaux du groupe oriental de l'Institut, il faut mentionner les publications suivantes: R. Gvaramia, " AI-Boustani, d'après le manuscrit du Mont Sinaï du X-e siècle " , texte arabe accompagné d'une traduction géorgienne et d'une étude (1965), M .Mamatsachvili, " Les sources persanes du poème de Téïmouraz Premier " Leil-Medjnouniani"  (1967) et T. Abouladzé, les " Versions turques du " glossaire "  du dictionnaire de Soulkhan-Saba Orbéliani "  (1968).

Les lecteurs ont accueilli avec un vif intérêt l'album. Manuscrits géorgiens "  (1970), préparé à l'Institut, et contenant des photos en couleur de miniatures, illustrant essentiellement des manuscrits géorgiens des X-Xlll-e siècles. Notons qu'à l'Exposition des livres de l'année dernière, consacrée au centenaire de la naissance de V. Lénine, cette édition a obtenu le premier prix Fedorov (premier éditeur russe).

Mentionnes encore la publication du premier livre du recueil " Mraval-tavi "  qui réunit une trentaine d'ouvrages philologiques et historiques des scientifiques de notre Institut. Ce recueil est consacré à la mémoire de feu l. Abouladzé, professeur, fondateur de l'Institut des manuscrits et son premier directeur. On procède à la publication d'un ouvrage de grande importance du professeur l. Abouladzé: " Le Dictionnaire de la langue géorgienne ancienne " , et autres.

L'Institut travaille actuellement, d'une part; à la description complète et systématique de l'ensemble des manuscrits, avant d'entreprendre la description des manuscrits par sujet, et, d'autre part; à la préparation d'une édition des versions géorgiennes anciennes de l'Ancien Testament, du " Grand nomocanon "  et des monuments précieux de la littérature géorgienne ancienne, des recueils d'œuvres littéraires anciennes des " Mravaltavi " . On poursuit le travail en vue d'éditer un dictionnaire symphonique complet de la littérature hagiographique géorgienne ancienne; l'étude systématique des foyers littéraires géorgiens; la publication de nouveaux volumes d'un recueil complet des monuments historiques géorgiens, etc.

Alexandre Gamkrelidze



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